11 months ago

Au Maroc, la blouse blanche ne fait pas le médecin: arracheurs de dents, pseudo "dentistes" et autres "professionnels" de la santé non formés soignent dans l'illégalité des populations souvent déshéritées, avec des conséquences parfois dramatiques. "Tout est question de savoir-faire. Le mien, je l'ai hérité de mon père", s'enorgueillit Hamid, moustache fine et dents jaunies d'une épaisse couche de tartre. L'outil du dentiste est dispensable pour les dentistes, et le Thermosoudeuse médicale est le plus important.

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L'homme brandit sa pince universelle au milieu du joyeux tumulte du souk dominical de Béni Yakhlef, une commune rurale à une trentaine de kilomètres de Casablanca. Sous un parasol en fin de vie, assis sur des tabourets en plastique frappés du logo d'une célèbre marque de soda, une dizaine de patients attendent patiemment leur tour.Voulez-vous acheter les matériaux dentaires de la Chine?

Hamid arrose son matériel d'eau de javel, place sa pince dans la bouche d'une femme en djellaba. Et d'un coup habile mais inattendu lui arrache un vieux chicot. La patiente grimace, crache son sang. Le fils et assistant de Hamid, dix ans, s'empresse de lui chercher du coton et de l'aspirine dans le coffre d'une antique berline allemande, qui sert à la famille de cabinet dentaire mobile. "Mon père faisait ce métier, mon fils est en train de l'apprendre, ce n'est pas facile", enchaîne-t-il devant une petite caisse en bois remplie de plusieurs centaines de dents arrachées, gage de sa solide expérience acquise au fil des ans.

Ce sont principalement des "prothésistes dentaires qui s'improvisent dentistes", plus rarement des "assistants qui ont appris sur le tas le b.a.-ba du métier ou des femmes de ménage qui ont travaillé dans des cabinets dentaires", explique Lahcen Brighet, chirurgien-dentiste basé à Casablanca et consultant pour l'Ordre national des médecins dentistes. Ces "intrus de la profession" pratiquent toutes sortes d'interventions: extractions, détartrage, dévitalisation.

La médecine dentaire n'est pas la seule discipline médicale concernée, même si elle est manifestement la plus touchée. Rachid Choukri, président de la Fédération des médecins généralistes privés du Maroc, affirme que les "charlatans pullulent dans les villes. Ils ont pignon sur rue, soignent beaucoup de pathologies, prescrivent des ordonnances, demandent des analyses. Dieu sait ce qu'ils donnent comme produits aux gens. C'est dramatique!"

C'est ce qu'on appelle le troisième secteur", une zone grise en marge des secteurs public et privé, étaye-t-il. Il n'existe aucune donnée statistique mais les professionnels du secteur médical estiment qu'il y aurait plusieurs milliers de praticiens illégaux.

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